Un reniflement. Des joues brouillées de sel, brouillées d'amertume. Un autre reniflement. Des sanglots. Un corps qui tremble, qui se crispe, qui souffre.
« Et puis, j'ai toujours détesté avoir les cheveux longs. »
Tchac. Coup de couteau brusque, rapide, coupant. De long fils noirs ondulés s'envolèrent ainsi avec la brise légère et froide. Ils se dispersèrent rapidement, se mélangeant au vent, pour mourir sur les rives de la Seine. Des gémissements apparurent. Des larmes coulèrent de plus en plus. Des jurons s'évanouirent dans la silencieuse Paris. Un corps en larmes. Un corps qui se meurent. Un corps qui n'a plus sa place dans ce monde. Son nom était Adrien, et ce soir, il allait mourir.
*
« Putain, merde, Antoine ! Fais l'effort de tenir debout, au moins. Soupira une voix dans les rues de Paris, tout en soutenant une autre, légèrement alcoolisée.
- Ouii, Lucaas... Je me débrouille très bien tout seul, hein. Et t'es beau gosse tu sais ?
- Oui, je sais. Merci. Bref, voilà, on y est. Et elles sont où tes clés ?
- Dans mon... Pantalon! Ria le jeune homme.
- T-tu te fous de ma gueule ? Nan, ok. Il ne se fout pas me gueule. Putain, Antoine ! »
Une fois le nommé Antoine installé confortablement dans son lit douillet et bien tiède, Lucas sortit de son appartement pour retrouver le sien. C'était une nuit froide d'hiver, et il avait bien hâte de retrouver la douceur de sa couette. En face de lui brillait une grande dame étincelante, la Tour Eiffel. Il se laissa guider par elle tandis que le froid lui brûlait les mains et faisait trembler tout son corps frêle et mat.
Il arriva au bord de la majestueuse Seine. Elle semblait dormir d'un sommeil si paisible, ôté de toutes formes de cauchemars. La lune se reflétait en elle, telle une mère veillant sur son enfant. Lucas prit une grande bouffée d'air frais, voire froid, et recommença à marcher, en silence... Mis à part le Plouf qui venait de surgir à côté de lui. Lucas s'arrêta de marcher. Un Plouf, en pleine nuit ? C'était assez étrange. Le jeune homme se retourna mais ne vit rien. Il s'approcha doucement du fleuve et se rendit compte qu'une masse noire flottait dans le fleuve. Un sac poubelle ? Lucas s'approcha un peu plus, intrigué. Non, ce n'en était pas un. C'était un humain. Un humain qui coulait, ne bougeait plus, se noyait. En l'espace d'une seconde, il avait déjà sauté pour repêcher ce corps mourant. Le froid l'immobilisa pendant un instant, mais ce fut court. Il commença à nager, se remémorant ses cours de lycée où il avait appris à « sauver » la vie d'un noyé. Mais, dix ans après ces cours, c'était assez dur de se rappeler de tout exactement. Il décida donc de le faire comme il le sentait : Les premiers gestes étaient sans doutes les meilleurs. Dans cette situation il n'y avait pas de place pour la réflexion. Quand Lucas toucha enfin ce corps si froid et fragile il ressentit un bonheur presque intense. Mais, le plus dur était encore à faire. Il l'empoigna et commença à le tirer vers lui, ne ressentant ni le froid, ni la fatigue. Il se mit à se diriger vers les bords de la Seine, lentement mais sûrement. Une fois ce bord atteint, il réunit ses dernières forces et souleva le corps pour le mettre hors de l'eau. Ce garçon aux cheveux si sombre avait sans doute le même âge que Lucas et avait des signes de fatigues sur son visage. Il semblait si paisible, là, les yeux fermés, mais en même temps tellement fragile. Lucas l'observa l'espace d'un instant, puis se rendit compte qu'il fallait peut-être lui sauver la vie... Quand même. Il placa ses deux mains sur la poitrine de l'inconnu et appuya d'une manière assez régulière. Il s'approcha doucement de son visage et fit entrer autant d'air que possible dans la bouche du jeune homme. Il recommença deux fois. Trois fois. Quatre fois. Lucas commença à désespérer. Ce garçon devait être mort. Il avait échoué.
Il réessaya tout de même une ultime fois.